Denis Protat, porté par le souffle des Seventies
Après un BTS Commerce International et des études à l’Institut Supérieur de Gestion de Paris, Denis Protat aurait pu aisément faire carrière dans le domaine commercial et la finance si le virus de la musique ne l’avait pas touché irrémédiablement.
- Denis, comment se sont passés vos premiers pas dans le domaine musical ?
J’ai tout d’abord commencé à m’intéresser au rock durant l’adolescence par l’intermédiaire d’un ami qui possédait une collection de près de mille disques. Je me rappelle toutes ces pochettes éparpillées sur le sol dont on ne se lassait pas d’écouter les titres.
Cela m’a permis de connaître très tôt, parmi les bluesmen, tous les grands classiques qui ont commencé à partir des années 20 et des années 30 : Robert Johnson, Muddy Waters, BB King, Freddy King, Albert King. Et puis T.Bone Walker, Howling Wolf, tous ces grands bluesmen de Chicago. Et aussi toute la scène texane qui m’a beaucoup fasciné, Stevie Ray Vaughan bien sûr. Cela m’a mené, par la suite, à m’intéresser à de nouveaux artistes comme Chris Duarte, Kenny Wayne Shepherd, Ronny Earl, Tom Principato, qui sont des bluesmen plus récents. Tout ça, c’est le côté blues des origines à nos jours.
- Et en dehors du Blues et du Rock… ?
J’ai écouté beaucoup de jazz à une époque, essentiellement le be-bop, Miles Davis, évidemment, qui a couvert tous les styles jusqu’au jazz-rock, et le hard-bop à la Dexter Gordon ou Sonny Rollins. Ainsi que le free-jazz : Ornet Colman, Eric Dolphy, Roland Kirk, capable de jouer de plusieurs saxophones en même temps. Parmi ces différents styles de musique, j’ai toujours été particulièrement enthousiasmé par la période allant de 1968 à 1975, représentant à mes yeux un âge d’or de la créativité, des années de folie et d’invention qui semblaient sans limite. J’ai commencé à collectionner des disques. C’était une véritable passion qui dure encore aujourd’hui.
- Cela ne vous a pas poussé à devenir musicien ? à jouer d’un instrument ?
Non, j’étais accaparé par mon travail. J’ai cherché à concilier autrement ma passion et mes activités professionnelles. J’ai cherché activement un poste dans une grande maison de disque, une major, dans les services artistiques. Cela s’est joué à très peu de choses que je réussisse. Mais c’est très difficile de trouver une place dans ces métiers qui attirent beaucoup de monde, la concurrence est rude. Finalement, j’ai trouvé un poste commercialà la Fnac des Halles, à Paris, où je m’occupais du jazz et du blues. J’ai travaillé aussi au rayon classique. J’avais alors environ 25 ans.
- Qu’est-ce qui vous passionne tant dans la musique des Seventies ?
Le style qui m’a toujours le plus passionné, c’est le rock des années 70. C’est vraiment le style de musique qui m’intéresse et qui me touche le plus. Le rock des années 70 avec toutes ses influences, progressif, blues, sudiste, hard-rock… Je suis plus réceptif à ce style de musique. J’aime beaucoup le jazz mais je prends plus de plaisir à écouter un album de Jimmy Hendricks, de Jefferson Airplan, d’AC-DC ou de Led Zeppelin. Tous ces grands groupes, c’est ce qui me fait le plus vibrer. C’est une période extrêmement créative, parce qu’il y a eu quelques années de feu incroyables où tout était possible même au niveau musical. Rien n’était standardisé, avec parfois des groupes qui se permettaient des morceaux durant 10 ou 20 mn…
Beaucoup de ces groupes des années 70 ont aujourd’hui disparu. De 68 à 75, il y a eu sept années fabuleuses de créativité avec le festival de Woodstock, le Montray Pop Festival en 1967, les grandes voix comme Janis Joplin, des bluesmen qui continuent de faire parler d’eux comme Johnny Winter, Albert Collins qui est mon bluesman préféré : son live au japon avec un son exceptionnel qui lui a valu d’être surnommé « The Ice Man » tellement il a un son de guitare Telecaster unique, énergique, dynamique. Albert Collins, un showman d’exception, une légende… Je l’ai vu en concert aux Banlieues Bleues en 1989, près de Paris, avec un autre bluesman en première partie qui continue à faire des disques et qui s’appelle RL Burnside. A l’époque RL Burnside venait d’être découvert en France. Je me souviens qu’il est arrivé sur scène habillé en salopette, comme un camionneur ou un mécano. C’est un joueur de blues classique, du bon vieux blues à la John Lee Hooker.
- Et qu’est-ce qui vous a incité à écrire l’Encyclopédie du Hard-Rock ?
Pendant plus de 15 ans j’ai beaucoup collectionné. J’avais une boulimie de disques dans tous les styles : jazz, soul, funk, blues, rock, hard-rock… Au bout d’un moment je me suis aperçu que c’était impossible de continuer cette collection en étant aussi diversifié. Alors j’ai pratiquement tout revendu, disques vinyle, CD, cassettes. J’ai revendu presque toute ma collection en jazz, en classique, y compris malheureusement des choses fantastiques. Et j’ai réinvesti dans ce qui me plaisait le plus, à savoir le rock des années 70. Et là j’ai recommencé à collectionner de manière assez obsessionnelle. Je passais souvent une à deux heures par jour dans les magasins. Le week-end je faisais les marchés aux Puces, les Conventions du disque, recherchant des raretés. Je dépensais beaucoup d’argent là dedans. D’autant plus qu’à partir de 1990 il y a eu une vague de réédition CD avec un certain retour à la mode de la musique des années 70.
Et puis je me suis dit qu’il n’existait rien sur le hard-rock de ces années là J’ai commencé à vraiment vouloir écrire un bouquin à partir de 1991/1992. Cela a mûri pendant une dizaine d’années, au niveau du fond, de la mise en forme. J’ai commencé à réfléchir à ce qui allait pouvoir intéresser les collectionneurs, la cotation des vinyles, l’année, le label, l’historique, la critique musicale, le nom des musiciens qu’on ne trouve souvent pas dans les livres.
- Pourquoi alors êtes-vous venu vous installer en Nouvelle Calédonie ?
J’avais pris goût au voyage durant mes études à l’ISG Paris, en faisant des stages à l’étranger : la Chine, la Corée, le Japon, les Etats-Unis. J’avais envie de voir du pays. J’ai trouvé agréable de m’installer en Nouvelle Calédonie, attiré par le climat, le mode de vie. En arrivant sur le territoire, en février 1998, j’ai trouvé un poste d’Instituteur. J’ai dû m’installer, ce qui m’a pas mal occupé. Et puis j’ai fini par avoir l’esprit suffisamment libre pour penser à écrire. J’ai rencontré, ce qui fut ma grande chance, Jean-Jacques Mahuteau qui est graphiste, installé depuis 30 ans en Nouvelle Calédonie et qui avait travaillé pendant dix ans au magazine Rock & Folk dans les années 70.
Cette rencontre a vraiment été un déclic. J’avais déj à en tête des idées assez précises de ce que je voulais faire, et j’en ai parlé avec lui. Je lui ai expliqué mon projet qui l’a immédiatement intéressé. Il a fait la magnifique couverture du livre avec la photo d’un blouson de cuir, la pochette. Il m’a beaucoup aidé, cela lui a rappelé aussi cette grande et belle période. Et c’est à partir de cette collaboration que j’ai pu commencer à chercher un éditeur, ce qui est le plus difficile.
- Cela a dû impliquer beaucoup de démarches et d’investissement de votre part ?
J’ai pris des contacts avec la Métropole durant 3 ans. J’ai d’abord procédé par mailing et par Internet pour obtenir des entretiens : cinq contacts en 2001, puis cinq en 2002. J’ai fait des déplacements en France, essuyant de nombreux revers. C’est finalement à partir de janvier 2003 que mes efforts ont commencé à porter leurs fruits. J’ai eu la chance de trouver les éditions Alternatives, qui sont distribuées par Gallimard. Ce qui a permis à mon livre d’être diffusé auprès des grands libraires et des magasins spécialisés. Début 2003, donc, les éditions Alternatives m’ont dit être intéressées par mon projet, ce qui constituait un encouragement sans être pour autant un contrat ferme et définitif.
A partir de ce moment, jusqu’en septembre 2003, je me suis mis à bosser comme un fou furieux, comme un dingue, sur mon Encyclopédie du Hard-Rock, rédigeant du matin au soir hors de mes heures de travail et durant mes périodes de vacances. Je me suis enfermé comme une taupe pendant près de 8 mois, pour la rédaction et pour mettre au point la maquette. C’est en septembre 2003 que j’ai finalement reçu un contrat définitif. Et de A à Z, rien n’a été changé au livre par l’éditeur, pas un concept, pas une virgule. Le livre est sorti en Métropole en Avril 2004. Fin Août, plus de 2000 livres avaient déjà été vendus.
La sélection de Denis Protat
- Freddy King : « Burglar », un très grand guitariste de blues.
- Albert King with Stevie Ray Vaughan : « In Session », pour rendre hommage à ses deux pointures.
- Albert Collins and The Icebreakers : « Live in Japan »
- Johan Cougar Mellencamp : « Scarecrow », un rocker sans compromis, supérieur pour moi à Springsteen.
- Rory Gallagher : « Tattoo », du bon blues rock qui tache…
- Johnny Winter : « Captured Live !», un des plus grands guitaristes des années 70.
- AC-DC : « Hight Voltage », le tout premier album du groupe.
- Deep Purple : « In rock », incontournable dans le genre.
- Led Zeppelin : « Led Zeppelin », leur premier album, à connaître absolument.
- Humble Pie : « Rockin’ the Fillmore », un très grand groupe de rock avec un très bon chanteur.
- Lynyrd Skynyrd : « Pronounced leh-nerd skin-nerd », un très grand groupe à mon avis, faramineux.
(Fabien Perez © Entretien réalisé en Décembre 2004)
Encyclopédie du Hard-Rock des Seventies – Denis Protat – Editions Alternatives
Denis Protat nous livre dans cette encyclopédie des informations précises concernant plus de 1200 groupes et 3600 disques. Il dresse en 160 pages un panorama du Hard-Rock qui s’étend de 1968, date de sa naissance, à 1978, époque où il commence à décliner pour faire place à de nouveaux styles de musique.
Vous y trouverez les noms des groupes et des artistes, des légendes du Hard-Rock aux formations plus obscures, des informations sur leur apport au genre, leurs références discographiques, des commentaires ainsi que des analyses critiques.
Cette encyclopédie permet de mieux comprendre les origines du Hard-Rock, son évolution historique et sociologique, et les influences que ce genre a eu sur d’autres formes musicales ou sur d’autres formes d’expressions artistiques. Par ailleurs, c’est une édition de grande qualité dont la réalisation a été conçue en Nouvelle Calédonie : la maquette du livre a été élaborée par l’atelier B de Nouméa et la photo de couverture est signée Jean-Jacques Mahuteau.




























