Le chanteur le plus pop de sa génération, le 27 mai au Centre Culturel Tjibaou
Cela fait plus de trente ans qu’il « alainsouchonne ». Depuis son Rockollection, en dépit d’une production discographique plutôt rare, sa cote d’amour auprès du public a toujours été au beau fixe.
C’est qu’il a su parfaitement dans ses chansons, avec son complice Alain Souchon, traduire nos vies et nos envies, et incarner un certain idéal faussement naïf, mélange de pureté et d’éternel romantisme.
Nous sommes nombreux à avoir fredonné son Rockollection que ce soit en randonnée, autour d’un feu de camp, durant une fête entre amis ou adolescent en colonie de vacances. C’était en 1977, année où sur les ondes passait aussi beaucoup « Isn’t she lovely » d’un certain Stevie Wonder. Un rapprochement que ne renierait sans doute pas Laurent Voulzy : même tendresse, même douceur, même chaleur dans la voix. Au fil des années, on découvrait à travers ses singles la « pop à Lolo », puisée aux sources d’une musique anglo-saxonne qu’il nous rendait plus familière en y ajoutant ses inventions made in France. Au fil du temps il a égrainé et étrenné ses bijoux, empreints d’un charme et d’une grâce qui n’appartiennent qu’à lui et qui s’illustrent déjà dans son premier album : Karin Redinger, Lucienne est américaine, Cocktail chez Mademoiselle… Des friandises d’autant plus agréables à savourer que Laurent Voulzy n’est pas un auteur compositeur très prolifique.
Son œuvre représente un avantage certain. On peut offrir l’intégrale de ses albums sans trop se ruiner, en se limitant à cinq disques : Le cœur grenadine (1979), Bopper en larmes
(1983), Belle Ile en Mer (1989),
Caché derrière
(1992) et Avril
(2001). On a beaucoup glosé à ce sujet, de façon parfois presque indécente en le faisant passer pour un chantre de l’indolence. C’est oublier ses collaborations musicales aux albums d’Alain Souchon ou à ceux d’autres chanteurs. Il y a par ailleurs chez Voulzy un côté artisan besogneux, qui remet cent fois sur le métier son ouvrage. Il se défend pourtant d’être perfectionniste. Son goût pour l’expression musicale et sa volonté perpétuelle de s’appliquer, de bien faire pour être sûr autant que possible de plaire, on peut l’expliquer par son vécu.
La musique a été pour lui une forme de thérapie
Ses parents sont originaires de la Guadeloupe. Né à Paris, il a grandit dans le Val-de-Marne. A la maison, on parlait créole quand venaient des gens de la famille. L’oncle racontait des histoires de là -bas et on mangeait de temps en temps des plats antillais. Sa mère écoutait beaucoup de musique antillaise et afro-cubaine, salsa, calypso, merengue et conga. Comme il le révèle lui-même : « J’ai des parents qui sont plutôt des gens vivants, qui aiment la vie, qui aiment les autres. J’ai des frères et sœurs qui sont formidables, avec qui je m’entends bien. J’ai de bons rapports avec eux. J’ai eu cet environnement là . Sans avoir la fortune en monnaie dans la famille, on avait au moins cette richesse là ».
Il ne découvrira la Guadeloupe qu’à l’âge de 35 ans. Quand il était petit, sa mère n’avait pas vraiment les moyens pour payer le voyage aux Antilles à toute la famille. Quand il a commencé à avoir assez d’argent pour y aller, il n’y allait pas, parce qu’il enregistrait ou qu’il jouait de la musique avec des copains. Il répétait l’été ou écrivait des chansons. Il était tout le temps embarqué dans un projet. Et il a attendu ce rendez-vous avec lui-même pendant 35 ans, malgré cette envie qui commençait à venir très fort, dit-il, depuis l’âge de 25 ans. Jusqu’au jour où il a été invité à une émission, une espèce de Téléthon au profit d’une association en Guadeloupe.
Et là , ça a été pour lui un choc absolument incroyable. Il le raconte au cours d’un entretien radiophonique :
« J’ai découvert et j’ai senti que j’appartenais à ce pays. J’ai pris conscience de ça. Quand j’étais petit je souffrais un peu de ma différence… de couleur. Quand je suis allé là bas, j’ai vu des gens qui avaient la même couleur que moi, plus foncé, plus clair, carrément blanc ou carrément noir. Il y avait toutes les couleurs. Je me suis dit « C’est dingue, si j’avais été élevé ici je n’aurais pas par moment souffert de ma différence, des sarcasmes… « .
Et comme j’avais enterré un peu tous ces complexes, cette timidité que j’avais quand j’étais petit, quand je suis arrivé l à bas… J’avais enterré ça, parce que la musique a été une thérapie pour moi. Dès l’âge de 16/17 ans, je faisais partie de l’équipe des guitares hérauts de l’école, donc je marquais ma différence par autre chose. Et puis ensuite, le succès est venu beaucoup plus tard, à 28/29 ans avec Rockollection. Je suis devenu quelqu’un de connu parce que je passais à la télé, etc. Et donc, on enterre des tas de choses. On sait qu’on a une différence, on connaît les problèmes, mais on en souffre moins. Et en arrivant l à bas, tout ce que j’avais enfoui en moi est ressurgi. C’était d’une émotion absolument incroyable. Il y avait ça, et puis la découverte du pays… c’était merveilleux ».
Un indéniable talent de guitariste et d’arrangeur
C’est comme arrangeur que Laurent Voulzy a réellement commencé dans la profession, notamment avec les arrangements de chansons de Pascal Danel (Les Neiges Du Kilimanjaro). En 1974, il rencontre Alain Souchon pour qui il signe la musique de « J’ai dix ans » et de nombreux titres à suivre : « Cela a été déterminant pour moi de croiser l’existence d’Alain. Cela a beaucoup compté dans ma vie. Je faisais des chansons qui ne marchaient pas, lui non plus. Notre rencontre nous a permis d’écrire des chansons qui ont eu un écho dans le public. Et notre vie en a été bouleversée ».
Laurent a apporté à Souchon la richesse de son univers musical, balayant des influences allant pêle-mêle des Beatles à Brassens en passant par Little Richard, Baden Powell, les Shadows, Hendrix, Bach, Lagoya, la musique médiévale et les cornemuses écossaises. Alain lui a apporté sa capacité de synthèse dans l’écriture et une conscience sociale presque visionnaire. Les centres d’intérêt de Voulzy sont plus ésotériques : « 95% de mes lectures sont des ouvrages spirituels, de bouddhistes, de grands mystiques chrétiens…», dévoile-t-il. Il médite chaque jour, pense feng shui (art de vivre en harmonie avec son environnement) et tente de convaincre ses amis : « II m’a refilé Le Livre tibétain de la vie et de la mort. Je lui ai passé Scènes de la vie conjugale, de Bergman, et des films de Truffaut. Mais ça n’a marché ni dans un sens ni dans l’autre », témoigne Souchon.
Ses talents de musicien ont été salués par d’autres auteurs compositeurs, tel Michel Berger à qui est dédié le titre « Du temps qui passe » interprété lors d’un concert live au Zénith de Paris en 1994. A la sortie de l’album « Bopper en larmes », en 1983, Daniel Balavoine avait tenu à lui rendre hommage. Il soulignait lors d’un entretien télévisé la grande qualité des arrangements de Voulzy, très travaillés, valant bien pour lui ceux d’un Jean-Michel Jarre. Et puis, « Belle-Ile-en-Mer » a été élue meilleure chanson de la décennie 8o aux victoires de la musique, en 1990, et quatorzième chanson du siècle… un hymne à tous ceux qui souffrent de leur différence.
On peut définir son style en quelques mots : Voulzy, c’est l’émotion à l’état pur. Mais c’est aussi « un héraut très discret » : sa timidité l’éloigne souvent des arènes médiatiques. Il est rare de le voir sur scène. Bien qu’il avoue s’y plaire énormément quand il y est, et qu’il s’y fasse plus présent depuis 2002. Le DVD de son « Gothique flamboyant pop dancing tour », qui a fait plus de 200.000 spectateurs à travers la France et les Dom-Tom, en est un somptueux témoignage. On y retrouve presque tous les tubes du chanteur guitariste, dont des versions acoustiques inédites, avec plus de deux heures de spectacle et une réalisation impeccable. Cet incorrigible perfectionniste ne peut que mettre le même soin pour ce rendez-vous avec le public qui lui tient à cœur, au Centre Culturel Tjibaou. Alors, vous pourrez dire à tout le monde : « Ce guimauve singer, moi tout ce qu’il sing ça m’plaît ».
Discographie :
1979 : Le coeur grenadine
1983 : Bopper en larmes
1989 : Belle Ile en Mer
1992 : Caché derrière
1994 : Voulzy Tour
2001 : Avril
2003 : Saisons
2004 : Le gothique flamboyant pop Tour

Sites Internet :
http://www.laurentvoulzy.com – Site officiel
http://www.lesgensdavril.com – Non officiel
(Fabien Perez © Article écrit pour Compact News en Mai 2005)
Bah, il était super ému le Lolo, il arrivait pas à quitter le public qui n’en finissait pas de le rappeler… après les rappels habituels avec son groupe, il en a fait trois de plus tout seul en changeant trois fois de guitare. Au total, il nous a fait plus de deux heures de spectacle, sans compter la première partie assurée par une chanteuse calédonienne. C’est rare de voir quelqu’un d’aussi sincère et généreux sur scène. Bye, bye Lolo




























