Gulaan vient de sortir en ce début d’année 2005 un nouvel album intitulé « L’esprit d’hier ». Nous l’avons rencontré en compagnie de Philippe Buston, qui le produit sous le label Open Tuning Productions.

Gulaan, c’est le surnom d’Edouard Wamejo, leader du groupe Ok!Ryos dont il est le guita­riste chan­teur compo­si­teur. Le groupe, origi­naire de Maré, a été créé en 1994 et compte déjà  à son actif cinq albums signés chez Mangrove. Il a conquis un large public en Nouvelle Calédonie, un succès qui tient prin­ci­pa­le­ment à la qualité de ses arran­ge­ments musi­caux et de ses harmo­nies vocales.

Cet album de Gulaan se distingue des précé­dents dans la mesure où il a choisi, pour l’occasion, d’exprimer ses créa­tions sans le groupe Ok!Ryos. C’est une aven­ture nouvelle qui témoigne de la matu­rité de Gulaan, capable de séduire et de capti­ver un public par ses compo­si­tions, sur scène, avec simple­ment une guitare et un micro. Son instru­ment fétiche est pour lui une seconde nature, il a appris à en jouer dès l’âge de huit ans… 6 cordes, 12 cordes, basse, ukulele, il sait parfai­te­ment les utili­ser pour faire une musique d’inspiration méla­né­sienne tein­tée de folk.

« J’ai consa­cré une année entière à la concep­tion et à l’écriture (paroles, musiques, arran­ge­ments) de cet album. Certaines chan­sons sont en Nengone, la langue de Maré, d’autres en Français et en Anglais » précise Gulaan.

Les thèmes qu’il aborde sont ceux de la foi, de la famille, des ancêtres et des géné­ra­tions futures : c’est « l’esprit d’hier », commun à tous les peuples de la terre et qui construit l’avenir. Gulaan a fait appel pour ce titre, qui donne son nom à l’album, à des instru­ments à cordes inha­bi­tuels dans ses compo­si­tions : on retrouve aux violons Nivan Fouad, Martine Vignoud, et au violon­celle Antoine Bru. Gulaan parle aussi d’amour, et il le fait bien : c’est « Comment t’aimer », avec un subtil mélange de musique tradi­tion­nelle, de folk et de blues que l’on retrouve dans plusieurs titres. Les paroles sont poétiques, très bien écrites, soute­nues par sa voix claire à la fois douce et affir­mée, à l’aise dans l’aigu et dans le medium.

A noter que les chan­sons sont géné­reuses par les paroles et aussi par la durée, qui va de quatre à onze minutes pour dix des treize titres de ce très bel album.

«  Gulaan ne vit que pour la musique. Qu’elle soit d’inspiration tradi­tion­nelle ou moderne, il sait faire un style de musique intem­po­rel, avec une couleur très acous­tique et des mélo­dies qui parlent à tous. » – Philippe Buston -

On sent la pâte et l’expérience de l’artiste dans ses mélo­dies qui accrochent tout de suite l’oreille. Les arran­ge­ments, bien que dans un style plus dépouillé qu’avec le groupe Ok!Ryos, sont impec­cables, aussi bien au plan vocal qu’instrumental. Bruno Josué inter­vient aux percus­sions sur certains titres afin de leur donner une couleur plus brési­lienne et plus World Music. Pas d’électronique pour ce disque : « On a même utilisé une grosse bouteille d’eau du Mont-Dore comme instru­ment », déclare Gulaan. Cette formule plus réduite c’est, dit-il, « l’occasion de me livrer de façon plus intime, plus person­nelle, en rendant hommage à ceux que j’aime : mon fils, mon père, et ma grand-mère décé­dée pour qui j’ai écrit une chan­son en Anglais ».

Pour lui, cet album repré­sente une autre phase de sa carrière en même temps que la concré­ti­sa­tion de l’expérience acquise au cours des années précé­dentes.

Gulaan a été récom­pensé à l’occasion de la remise des Trophées de la Musique en décembre dernier à l’Ecole Territoriale de Musique. Par ailleurs, il parti­ci­pera cette année à un grand concours musi­cal orga­nisé par RFO au niveau des Dom-Tom. Une émis­sion, enre­gis­trée début mars, réunira les artistes présé­lec­tion­nés pour y repré­sen­ter la Nouvelle Calédonie. Le public sera appelé à choi­sir, parmi 80 à 100 artistes issus des terri­toires et pays d’Outre-Mer, ceux d’entre eux qui pour­ront parti­ci­per à la Fête de la Musique 2005, à Paris, sur la scène prin­ci­pale qui se tien­dra Place de la Bastille. Il est possible qu’ils parti­cipent aussi la même année aux Francopholies, à La Rochelle. Ce concours peut donc consti­tuer un trem­plin excep­tion­nel pour faire connaître des musiques et des artistes qui méritent une audience et une diffu­sion plus larges.

Gulaan a prévu trois dates de concert au Centre Culturel du Mont-Dore, fin juin 2005, avec au programme la présen­ta­tion de ses nouvelles créa­tions et quelques reprises. Il sera accom­pa­gné à cette occa­sion d’une nouvelle forma­tion. Un grand moment d’émotion en pers­pec­tive. D’un carac­tère plutôt réservé, il se révèle tout au contraire sur scène avec beau­coup de charisme et de sensi­bi­lité.

Fabien Perez © Entretien réalisé en Mars 2005 – Gulaan : « L’esprit d’hier », l’album de la matu­rité

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